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 The beast inside ▬ ft Alex

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MessageSujet: The beast inside ▬ ft Alex 08.04.16 16:32

5-PC. Tôt le 28 avril.

Daniel ouvrit les yeux, se tourna lourdement dans le lit et jeta un regard pâteux par la fenêtre grande ouverte. La chaleur était harassante. Les températures n'étaient pas descendues de toute la nuit comme il l'aurait espéré, et la pièce avait l'allure d'un four à pain. La pellicule de sueur rendait peau collante. Sa gorge était sableuse, sèche. Dehors le soleil dormait encore et le ciel encore éteint était chargé d'étoiles. Fort de cette contemplation et incapable de dormir plus longtemps, l'homme s'extirpa de son lit au bout duquel étaient soigneusement pliées ses couvertures et alla plonger son visage dans le bac d'eau tiède qui lui servait à la toilette. Il se frotta longuement le torse, les bras, la nuque pour profiter d'un peu d'une fraîcheur fugace, avant d'aller boire de longues gorgées d'eau pure. Ces derniers temps, même de l'eau croupie aurait fait l'affaire tant il avait l'impression de se dessécher.

Ses ablutions lui éclaircirent un peu l'esprit. Les températures empireraient dans la journée, c'était couru d'avance, mais pour l'instant il se sentait presque frais. Il avait survécu à quelques hivers plutôt rudes, il survivrait bien à cette vague de chaleur exceptionnelle...

Le chasseur enfila son pantalon et ses chaussures, cala son t-shirt au niveau de sa taille dans le cas peu probable où il croiserait quelqu'un, et sortit sur la pointe des pieds du bâtiment d'habitation. Lorsqu'il fut certain d'être tranquille et de ne risquer de réveiller personne, il s'élança au petit trot dans les ruelles désertes. Malgré le poids de l'atmosphère qui incitait plutôt à végéter sous un arbre, il ressentait un besoin impérieux de se défouler. La chaleur l'épuisait mais le sauvage en lui ressentait le danger d'une telle hausse de température, exacerbant sa nervosité. La chaleur, c'était le manque d'eau, le manque de nourriture et une faune complètement déphasée. Certes, il était à l'abri dans cet espace civilisé, mais le sentiment persistait. Il fallait qu'il évacue ce mauvais stress. S'il attendait que le soleil pointe, il ne pourrait pas courir un kilomètre sans mourir de combustion spontanée, donc autant profiter de la fin de la nuit puisqu'il était réveillé...

Il se dirigea vers les champs pour profiter de la fraîcheur relative dégagée par les arbres. Au fur et à mesure qu'il avançait, il se perdit dans l'effort. Il courut un long moment sans réfléchir, toujours tout droit, son torse nu luisant de sueur. Au bout d'un long moment, il finit par ralentir et s'arrêter sur le bord du chemin de terre, les muscles vibrant.

Il se retourna rapidement, sondant les alentours, les sens en alerte. Il faisait encore trop sombre pour distinguer les détails de ce qui l'entourait mais à la lumière naissante du jour, il remarqua un mouvement sur le côté. Soudain, une ombre surgit sur le chemin et se figea à quelques mètres de lui. Il reconnut une espèce de biche de grande taille. Les yeux brillants, les pattes tremblantes et les oreilles plaquées sur son crâne, la bête dégageait une nervosité telle que Daniel se sentit soudain très mal à l'aise. Ils se jaugèrent un instant sans savoir comment réagir. Un humain éveillé avant l'aube, c'est rare. Mais une bête en liberté dans la Cité... Ce n'était pas simplement inhabituel : c'était inquiétant.

L'animal s'ébroua et repartit au petit trot. Daniel se retrouva seul, seul au milieu des champs qui s'étendaient sur des hectares entiers, sans cachettes. Il ressentit soudain le besoin de se mettre à l'abri. Mauvais pressentiment. Il fit demi-tour et marcha d'un pas vif pour rejoindre la Cité, réagissant au moindre bruit, prêt à bondir pour se défendre si besoin. Si une biche avait pu entrer, quelles autres bêtes avaient suivi ? Dans son esprit, les informations allaient vite ; il préférait se monter la tête pour rien que se faire prendre au dépourvu par le danger...

Aux abords des chemins, il remarqua des champs en partie retournés, piétinés, assurément pas l'oeuvre d'humains. C'était tellement récent que les animaux coupables pouvaient bien être là, quelque part, à l'observer depuis les frondaisons. Ça sentait la terre et l'animal excité à plein nez. Lorsqu'il arriva aux abords des premières habitations, le soleil était levé et la ville semblait prise d'une agitation de mauvaise augure, signe qu'il ne s'était pas trompé en cherchant à rentrer fissa.

Des chiens sauvages filèrent devant lui en aboyant, agressifs. Le chasseur s'éveilla en lui. Il en oublia la chaleur harassante et se remit à courir en longeant les quartiers communs. Il fallait qu'il s'arme, il fallait qu'il puisse se défendre. Quelques années plus tôt, il se serait planqué, plus centré sur sa survie que sur celle de ses semblables. Il avait bien évolué. À présent, il fonçait tête baissée au seul endroit où il était certain de trouver de quoi faire se battre : les quartiers de la Milice. Comme ils n'avaient pas le droit de garder des armes avec eux, c'était le seul endroit où on pourrait lui fournir de quoi se défendre – et défendre les autres par la même occasion.

Une bête lui coupa la route, une bête massive au pelage noir et hérissé. Daniel s'arrêta net dans sa course et recula d'un pas, faisant face, yeux dans les yeux. Il ouvrit les bras pour sembler plus imposant. Même s'il ne faisait clairement pas le poids face à la demie tonne de muscles qu'il avait face à lui, il avait appris que ses chances de survie diminuaient drastiquement s'il tournait le dos à l'attaquant. L'animal se mit à grogner. L'humain répondit sur le même ton, plus fort. Un combat de nerfs, à celui qui céderait du terrain à l'autre, à celui qui accepterait sa soumission. Daniel se mit à reculer ainsi, en direction du siège de la milice. Contre cette bête, il n'y avait rien à faire à part ne surtout pas rompre le contact visuel, sans faire de gestes brusques. L'animal suivit lentement le mouvement, ses muscles noueux roulant sous son pelage.

Un sifflement fendit l'air. La balle s'enfonça dans la chair de la bête, la faisant hurler de douleur et de rage. Daniel s'était accroupi par réflexe mais il regretta vite ce geste lorsque l'animal rua dans sa direction, sa violence exacerbée par la douleur. En général, dans ce genre de combat, tout se joue en deux ou trois coups. Il se protégea tant bien que mal avec son bras gauche et de l'autre, balança un coup aussi fort que possible au-dessus des crocs de l'animal. Il toucha le museau à pleine puissance et la bête recula, légèrement sonnée. La seconde d'après, un second coup de feu retentissait et l'animal s'effondrait, le crâne éclaté par une seconde balle.

Daniel recula et jeta un œil à son bras. Une griffure nette et sanguinolente qui barrait largement son bras tatoué, mais pas très profonde. Il l'avait échappée belle, il aurait pu se faire arracher un membre face à un carnivore comme ça. Il se surprit à penser que cette bestiole était radioactive au vu de son gabarit, mais comme il n'avait pas la moindre idée de ce qu'était la radioactivité, il se recentra sur ses blessures. Compression de la blessure, recherche d'un tissu à serrer autour... un bout de t-shirt ferait l'affaire. Ce n'était pas comme s'il en avait besoin.

Un geste dans son dos le fit sursauter. En deux secondes, il était en position de défense, grognant sourdement à la manière d'une bête. Contre toute attente, il se retrouva face à un milicien certainement pas très content de se faire accueillir comme ça. Était-ce lui ou un autre qui avait fait usage d'une arme à feu pour abattre la bête ? Il n'en savait fichtrement rien, mais le tireur savait viser. Il prit une large inspiration pour se calmer et reprendre une position d'humain civilisé, passa une main trempée de sang sur son nez et sa bouche et ravala sa salive.

- D'où ils sortent ?

D'abord connaître l'origine de ce bordel pour savoir quel type d'animaux ils allaient encore croiser... ensuite attaquer.

- Je suis chasseur. Je viens pour aider, s'empressa-t-il de rajouter, conscient qu'il avait peut-être été un peu brutal jusque-là...

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MessageSujet: Re: The beast inside ▬ ft Alex 13.04.16 15:11

►The beast inside ◄
Daniel 069 & Alexander 022


28 avril 5PC ▬ Tôt le matin, camp des miliciens

Mes yeux s’ouvrent brutalement sur le plafond écaillé de mon lieu de vie. Mon cœur palpite avec force, comme si la peur m’enveloppait de manière sournoise, étouffante. J’ai chaud, je transpire et je me sens tremblant. Un état physique qui ne me ressemble pas tant je possède une maitrise des émotions quasi-totale.
Je sors de ce sommeil trop léger pour être réparateur mais aussi parsemé d’images et de sons qui me donne l’impression de déglutir de l’acide. Je fronce les sourcils, toujours allongé sur le dos, essayant de me remémorer ce qui a bien pu dans mes rêves me rendre dans un état fragilisé.
J’essaie. Je force. Rien ne vient si ce n’est que des couleurs, des formes qui se mélangent et parfois des cris. Et j’ai beauté tenté de forcer ma mémoire, elle se refuse de me laisser accès aux souvenirs de cette nuit agitée.

Je finis par m’assoir, balançant mes jambes par-dessus le lit. Je me frotte le visage et me lève, entièrement nu, pour aller faire un brin de toilette et nettoyer toute cette sueur qui me colle à la peau et qui m’étouffe.
Entre temps, l’eau du récipient est devenue presque froide mais je ne m’en plains pas lorsque j’y plonge la tête, sans hésitation. Je lâche un soupir de soulagement, appréciant cette nouvelle fraicheur qui me remette directement les idées en place. Putain, un vrai bonheur.
J’étends cette rapide toilette jusqu’au reste du corps avant d’enfiler un short long de la milice et d’un tee-shirt. Aujourd’hui, c’est le jour d’entrainement pour la remise en forme mais aussi pour maintenir les réflexes à leur beau fixe. Mais pas que.
Je ne saurais dire par quel miracle de la Catharsis mais depuis mon réveil, ma force n’est pas habituelle, ni commune. Ce qui semble demander beaucoup d’effort à un homme de ma carrure me parait beaucoup plus facile pour moi. Et même si je l’avais voulu, je ne peux pas dire que tout cela arrive parce que je suis le meilleur dans ce que je fais. Si nous en croyons JJ, la Catharsis aurait pour certains d’entre nous, fait preuve d’une extrême générosité en « améliorant » certaines de nos capacités. Et quand bien même je suis un très fin tireur à l’arc, la force semble être mon point fort.
Et c’est ce que je compte entretenir, voir améliorer, ce matin.

J’avale un rapide petit déjeuner composé d’un fruit et d’un morceau de pain et me dirige vers le camp d’entrainement. Le soleil se lève à peine pour éclairer l’ensemble de la cité et il fait encore une température supportable pour un exercice physique. Quoi que même sous grosse chaleur, JJ ne nous laisserait pas larver comme de gros fainéants. Pire, elle nous donnerait le double d’exercice à faire et ce, sans eaux, si elle nous surprenait à rien foutre.
JJ 013 peut s’avérer être très généreuse pour peu qu’une de ses missions étaient menées à bien tout comme elle pouvait être une vraie tortionnaire.
Certains d’entre nous possèdent la même pêche matinale puisque je ne suis pas le seul sur le terrain. Certains à l’arc, d’autres aux couteaux, je me dirige vers les poids en sac de sable que je tracte à intervalle régulier. Et la fraicheur de ma toilette est bien vite un foutu souvenir oublié. Mais je ne lâche rien, suant à grosse goutte, soufflant avec force mais avec régularité, je poursuis l’exercice.

Un cri déchire le ciel et je m’arrête net dans mon geste. Tous ceux présents se retournent vers les zones agricoles et les quartiers communs même si nous ne voyons rien de là où nous sommes.

— Tu vois quelque chose ?

London scrute déjà l’horizon du haut des remparts avant de s’agiter et de brandir son arc aussitôt.

— Putain ! Y a des animaux sauvages partout dans la cité !!

Les réflexes et l’état d’urgence s’installe aussitôt parmi nous et déjà, je me rue vers les bureaux de nos supérieurs pour donner l’alerte mais il faut croire que les hurlements qui s’amplifie maintenant, ont déjà atteint leur secteur.

— Prenez les armes à feu tout de suite !

L’ordre donné est à peine achevé que je suis déjà dans la réserve sous clés dont j’explose la porte à coup d’épaule et à coup de pieds.
Putain, merci la Catharsis pour m’avoir donné l’atout de force.

Je distribue à tous ceux qui sont là des armes de toutes tailles.

— Tuer tous animaux qui présentent un danger pour les habitants. N’hésitez pas sinon c’est eux qui vous tuerons.

Je m’apprête à courir vers mon secteur où se trouve nos casiers en fer rouillé, là où je dispose ma ceinture, mon arc et mon carquois mais me stoppe de nouveau dans mon geste lorsque je vois l’un d’entre nous, fusil en joue, hésitant à tirer. Je suis son regard et tombe sur un homme, torse nu, face à une bête immense qui s’apprête vraisemblablement à se ruer sur lui.
Et cet abruti qui ne tire toujours pas.
J’accours vers lui, brutale et sec.

— Donne-moi ça putain.

Un novice, bien évidemment.
Je le pousse et cale aussitôt le fusil contre mon épaule, visant avec une précision qui n’appartient qu’aux meilleurs d’entre nous. Nous avons eu de nombreux cours concernant l’utilisation de ce genre d’arme et toujours sous une extrême surveillance. Même si elles sont les plus efficaces, elles ne sont pas mes favorites. Trop bruyante, pas assez fluide.
Je vise et tire une première fois. Je maitrise bien mieux le recule qu’avant et recharge déjà, faisant sauter une des douilles du fusil sur le sol poussiéreux. Les bruits se font difformes entre cris et rugissements mais je n’y prête aucunement intention puisque même si j’ai touché la bête dans le mile, cette dernière trouve malgré tout la force de sauter sur l’homme face à elle.

— Merde.

Il se défend plutôt bien et fait même preuve d’une force surprenante qui me donne suffisamment de temps pour viser le crâne de l’animal.
J’appuie sur la gâchette, sa cervelle explose en plusieurs morceaux avant que la bête ne s’écroule de tout son poids.

Je redonne l’arme non pas au novice mais à une femme expérimenté qui passe à nos côtés. De nouveau mon regard vers le tout nouveau, qui le transperce de part en part.

— Fournie toi un arc et des flèches et rend toi utile.

Mon ton est froid, sans appel et j’accours vers l’homme dont je ne connais pas l’identité. Une main sur son épaule et il se retourne brutalement, grognant comme un animal contre moi aussitôt en position de défense.

— Eh molo, je suis de la milice. C’est moi qui l’ait abattu.

Et c’est franchement pas le moment de me coller une droite. Je le détail d’un rapide coup d’œil.
Stature presque aussi imposante que la mienne, visage dur, fermé, sur le qui-vive et surtout le regard vif et perçant. Il me rappelle quelqu’un mais je n’arrive pas à remettre un nom sur sa gueule.

— D'où ils sortent ? Je suis chasseur. Je viens pour aider

Je remarque la plaie sanguinolente de son bras mais n’y prête pas non plus attention. Pour ça aussi, c’est pas le moment

— J’en sais rien d’où ils sortent. Pour le moment il faut se débarrasser d’eux et vite. Suis-moi.

Je ne cherche pas à savoir s’il me ment ou pas puisque maintenant qu’il décline sa fonction, son identité me revient plus ou moins. Certains de mes collègues l’ont déjà escorté en pleine chasse et il parait que c’est une vraie machine de guerre à ce sujet.
Je trottine vers nos casiers et sors du mien ma ceinture avec mon couteau que j’attache aussitôt autour de ma taille, ainsi que mon arc et mon carquois de flèches. Je l’emmène ensuite dans le bâtiment d’à côté sans broncher et ouvre une porte qui donne directement sur toutes les armes similaires à la mienne. On peut y trouver arc, flèche, lance, couteau et d’autres encore, parfaitement positionnés à leur place.

— Tiens, sers-toi rapidement. Tu vas nous aider à purger la cité de ces bestiaux.

Je le laisse se servir et continue d’ajouter.

— On va fonctionner en binôme pour plus d’efficacité et aussi pour protéger l’arrière de l’autre.

Je m’empare également d’une lance que je garde fermement dans la main.
Une autre arme n’est jamais de trop.
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MessageSujet: Re: The beast inside ▬ ft Alex 14.04.16 21:02

La cause de sa nervosité était devant ses yeux. Inconsciemment, son esprit était toujours rattaché à la forêt, comme si la faune sauvage était muée par un seul et même esprit. Tout était lié, interdépendant. Plusieurs animaux pouvaient ressentir la même chose face à en élément perturbateur de leur environnement, et signer une trêve pour, dans le cas présent, assurer la survie du plus grand nombre. Ce n'était pas une construction, c'était inscrit dans les gênes, dans l'essence-même de la Vie. Mais les humains semblaient avoir pour la majeure partie perdu ce lien à la Terre Mère. Qui s'était réveillé ce matin avec la peur au ventre, cette peur viscérale que les bêtes avaient amenée avec eux ? Pas grand-monde. Et Daniel avait enfin compris. La chaleur. L'eau. Il avait oublié la soif depuis qu'il était ici mais à présent, il se rappelait ce que c'était, la soif. Ne jamais perdre les cours d'eau de vue, surtout en cas de forte chaleur... se suffire d'une eau tiédasse et boueuse entre deux rochers faute de mieux... Lorsqu'il avait vu la biche, il avait senti la soif.

À présent, il n'y pensait plus vraiment. Lui n'avait pas vraiment soif, c'était une illusion de son esprit. Il sentait la chaleur et les gouttes de sueur qui ruisselaient dans son dos. Il s'ouvrait aux signaux de douleur provenant de son bras, car ces signaux l'avaient sauvé de nombreuses fois. Comment pouvait-on survivre sans ressentir ? La peur, la douleur, mais aussi l'adrénaline, les sons, le calme... Ça les définissait en temps qu'être vivant. Cette griffure ne le tuerait pas, elle lui faisait ressentir à quel point il était en vie. De là à en redemander, non, bien entendu, il n'était pas fou à ce point. Le crâne de la bête laissait échapper du sang et des morceaux de cervelle sur le sol de terre battue. Pas un sursaut ne vint troubler son repos. Daniel aurait aimé lui souhaiter un bon voyage, faire quelque chose de cette carcasse qui allait certainement pourrir au soleil en quelques heures, faire quelque chose pour que cette mort rentre dans l'ordre des choses, mais il fut interrompu et se tendit brutalement. Il en avait oublié où il était.

- Eh mollo, je suis de la milice. C’est moi qui l’ai abattu.

Daniel ouvrit les bras en signe d'apaisement, enfin, pas trop non plus pour ne pas trop tendre sa peau et ouvrir encore un peu plus la plaie. Les muscles bandés, il aurait pu clairement sauter au cou du gars et lui casser des os mais il avait un contrôle particulier de lui-même. Toujours jauger avant d'attaquer. Face au prédateur refroidi, il n'aurait jamais choisi d'attaquer, par exemple. Mais il n'allait pas attaquer une des personnes qu'il était venu chercher, surtout si c'était le tireur en question. Il n'avait pas son fusil mais il y avait toujours ce quelque chose dans le regard des snipers, ce calme, ce détachement nécessaires à un tir franc et efficace. L'ex-militaire savait reconnaître cette lueur, il avait la même.

- Réflexe...

Il serra un bon coup le bandage de fortune autour de son bras. Il était sorti de sa position de défense mais il n'en était pas moins impressionnant, avec le sang chaud maculant son visage. Peinture de guerre, menace inconsciente. Le chasseur était de sortie, mais l'animal n'était pas très loin non plus, prêt à pousser le barrage des conventions sociales pour se déchaîner...

- J’en sais rien d’où ils sortent. Pour le moment il faut se débarrasser d’eux et vite. Suis-moi.

Un geste d’acquiescement. Ils étaient sur la même longueur d'onde quant à l'urgence de la situation. Daniel suivit le mouvement du milicien, qui récupéra ses armes habituelles dans son casier. Un couteau, un arc et des flèches, le parfait attirail du bon petit soldat. Le chasseur trépignait, vérifiant son bandage pour s'occuper l'esprit. La pièce dans laquelle le milicien l'emmena ensuite lui permit de refocaliser son attention sur quelque chose de concret. Une armurerie complète, c'est comme un magasin de jouet pour un chasseur.

- Tiens, sers-toi rapidement.

Daniel ne perdit pas son temps. Là où le milicien avait pris des armes de distance, il s'empara d'une longue machette et de trois couteaux de lancer, dont il vérifia le tranchant de la pulpe du doigt - un couteau étant le prolongement du bras, il fallait qu'il soit aiguisé et en état. Et puis, il n'était pas bon à l'arc, pas assez en tout cas pour gérer dans une situation comme celle qui se présentait aujourd'hui. S'il y avait eu des armes à feu à disposition, par contre, il les aurait certainement zieutées très fort... mais il devrait se suffire d'armes de contact, envisageable si tant est qu'il avait un archer pour s'occuper de bêtes comme celle de tout à l'heure. Il glissa ses lames à sa ceinture.

- Tu vas nous aider à purger la cité de ces bestiaux.
- Purger ? Ils sont juste...

Effrayés, assoiffés, repoussés dans leurs retranchements. Ce mot de « purge » lui donnait mal au cœur. Tuer pour tuer, il n'aimait pas ça. Certes, il devait protéger les Citéens mais ils pouvaient éviter un carnage en repoussant les bêtes sauvages dans leurs retranchements. Après tout, quelle bête ne craignait pas le feu et le bruit ? Il s'arrêta toutefois dans ses pensées. Si la milice, qui leur intimait de ne pas tuer gratuitement, voulait à présent qu'ils tuent, il devait y avoir une raison. Qui le dépassait, certes, mais il n'allait pas tout remettre en question à un moment aussi crucial. Il n'ajouta rien à sa phrase et oublia carrément qu'il l'avait commencée à voix haute.

- On va fonctionner en binôme pour plus d’efficacité et aussi pour protéger l’arrière de l’autre.

Daniel lui lança un regard de poisson. L'idée le surprenait, il n'y avait pas pensé une seule seconde. Depuis son réveil, il s'était toujours battu seul. Il pouvait protéger une cible faible, mais protéger les arrières d'un autre combattant... il n'avait aucun souvenir de l'avoir déjà fait. Mais enfin, ça ne devait pas être si difficile. D'ailleurs, il reprenait déjà la parole pour établir un plan d'action, tandis que le milicien s'emparer d'une lance pour compléter son arsenal.

- J'attaque plutôt au corps-à-corps. Vous connaissez les bêtes qu'on va rencontrer ?

Une question vitale, au fond, car si ce n'était pas le cas, Daniel risquait de se voir couper l'herbe sous le pied lors de ses tentatives de « dialogue » avec les animaux en question. Comme avec le prédateur au pelage noir : l'animal était resté méfiant mais à distance jusqu'à ce qu'on le blesse. Pas au courant que quelqu'un allait tenter de lui tirer dessus, le chasseur avait failli y passer. Il ne remettait pas en question le bien-fondé de ce tir, ni le fait que la bête aurait fini par attaquer – ça s'était peut-être même joué à quelques secondes –, mais s'il pouvait éviter de risquer sa vie pour ça... Ils entamèrent leur retour rapide vers la sortie – ou, pour parler franchement, vers le champ de bataille.

- Daniel 069, se présenta-il succinctement. Si une bête n'attaque pas directement, il faut essayer de la tenir en respect sans sembler agressif, ça peut éviter la confrontation directe.

Et personne de sensé ne voulait une confrontation directe avec une bête d'une demi-tonne. Personne. Il crut toutefois bon d'ajouter, pour la forme...

- J'ai passé la majeure partie de ma vie en pleine nature. J'ai déjà croisé la majeure partie de la faune locale donc si vous avez une hésitation, laissez-moi faire.

Il ne remettait pas en question les capacités du milicien, mais il se considérait comme un des combattants les plus calés contre ce genre d'adversaires. Contre des humains, il ne valait pas un clou depuis la Catharsis, mais personne n'avait son niveau pour communiquer avec de la bestiole. Et il n'avait aucune hésitation à prendre les devants, même face à l'autorité. Soit ça passe, soit ça casse, mais au moins, il était clair sur ses intentions de ne pas se laisser donner des ordres sur son propre terrain...

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